En quête de toi

Le jour de nos deux opérations

La veille au soir, le lundi, la tension est palpable. Tout au moins de mon côté. Mon conjoint, d'ordinaire sujet aux crises d'angoisse, est bizarrement serein, comme s'il vivait l'instant comme une délivrance. Il va bientôt savoir. Définitivement. Un collègue à lui a pris la peine de l'appeler juste avant. Ils ont le même âge ; lui, est atteint de la sclérose. Alors les biopsies, il connaît. Prochainement, on lui ponctionne le nerf qui passe dans la colonne vertébrale. Mon conjoint, inconsciemment, s'est alors dit alors que des gens souffraient bien plus que lui. Que lui, il était en bonne santé. Qu'il n'avait pas le droit de se plaindre, de pleurer sur son sort. Je suis étonnée de sa décontraction. Moi, en revanche, je suis stressée. J'ai pourtant l'habitude des anesthésies générales, mais j'ai toujours une petite appréhension. Mon conjoint attrape sa tondeuse : il doit se raser toutes les parties génitales. Il me fait un massacre. Il se coupe les testicules à plusieurs reprises. Mais il essaye de faire ça bien. On mange léger. On regarde un peu la télé. On s'endort, le ventre presque vide. Il faut être à jeun. Demain matin, pas de petits déjeuners.

Mardi 22 mai 2007. Mon réveil sonne à 6h00. Je me prépare en une demi-heure à peine. Ma mère passe me chercher à 6h45. L'hôpital m'attend à 7h30. Lorsqu'on arrive, il y a déjà deux couples qui patientent. Nous serons donc trois femmes à nous faire ponctionner. Elles rentrent dans une même chambre, moi, j'ai la mienne pour moi toute seule. On me fait me déshabiller. J'enfile la blouse, les chaussons plastiques, la charlotte et j'attends. L'infirmière arrive, me questionne. "Etes-vous bien à jeun ? Avez-vous enlevé tous vos bijoux ? Vous n'avez pas de maquillage ? Votre carte de groupe sanguin ?... ". Elle me prend la tension. Trop de tension. Normal, je suis émotive. Elle me donne un tranquillisant. Je me rallonge en attendant. J'entends les autres femmes partir au bloc avant moi. Je vais sûrement être la dernière. 9h30 : on vient me chercher. On me fait aller aux toilettes, puis, je monte sur le brancard. On me descend au bloc. L'une des deux femmes est déjà en salle de réveil. La seconde est à côté de moi, sur son brancard. J'ai l'impression qu'elle est inconsciente. On l'emmène dans le bloc n°3. J'entends qu'on l'endort. Dix minutes plus tard, le chirurgien passe un coup de fil. Je ne sais pas qui il appelle, mais je l'entends dire : "on a un problème avec Madame.... Ca arrive une fois sur deux... ". Je crois qu'on ne lui a rien ponctionné, ou on n'a pas pu. Je ne suis pas très rassurée. J'attends encore, dans le froid des blocs opératoires. Une infirmière vient enfin me mettre la perfusion. On m'installe enfin au bloc n°3. Une infirmière me met en position sur la table d'opération. Très sexy : les pattes écartées dans des étriers, sanglées, les fesses dans le vide, les bras en croix. Sur un, l'anesthésie ; sur l'autre, le tensiomètre. Là, dans cet état, je me sens mal. J'ai honte. Le gynécologue de l'hôpital qui va me ponctionner se présente à moi. On ne s'est jamais rencontrés. Il sait que mon conjoint va subir une biopsie, il m'en parle. "Je vais pouvoir vous dire rapidement combien j'ai ponctionné d'ovocytes. Le docteur B. m'a dit qu'il en avait vu une douzaine à la dernière échographie. On va essayer également de vous dire dès ce soir si oui ou non, on a retrouvé des spermatozoïdes". Je lui réponds que ça serait bien. Que ce qui m'importe, c'est de savoir si on en a trouvé. Combien, je m'en fous. L'anesthésiste, lui, me pique et me prévient : "je vais vous injecter un premier produit, pas très agréable. La tête va vous tourner. Si ça tourne, fermez les yeux. Ensuite, je vous injecterai un second produit, qui cette fois-ci vous endormira". Effectivement, le premier produit n'est pas terrible. Même les yeux fermés, la salle tourne. Je me sens partir. Impuissante...

11h15. J'ouvre les yeux en salle de réveil. Je sens une couche entre les jambes. Je me demande ce qu'ils ont bien pu me faire. Le sentiment de honte se réveille lui aussi. En même temps, les infirmières me hurlent dessus : "Madame ? Madame ? Ca va ? Vous êtes réveillée ? Vous êtes en salle de réveil ? Vous avez mal quelque part ?". Je réponds, à moitié dans les vap' : "j'ai mal au ventre". Elle me mette un anti-douleur en perfusion. Ca passe progressivement. 11h45 : je suis presque parfaitement consciente. On me fait remonter dans ma chambre. Ma mère est repartie depuis longtemps. Je suis toute seule. Déjà que je me sentais seule au monde. Là, j'ai carrément envie de pleurer, vu le grotesque de la situation. Je pense à mon conjoint. A l'heure qu'il est, midi, il doit être sur le point de se faire ponctionner. Je regarde par le hublot de la chambre, j'essaie de visualiser son hôpital à quelques mètres de là, derrière les immeubles, j'essaie de l'imaginer, comme pour lui donner plus de force. Une infirmière rentre et me propose un café. Elle m'annonce qu'ils ne me feront pas manger. Juste un petit déjeuner. Il faut que je demande à la personne qui m'accompagne de me ramener un sandwich. J'appelle ma mère. Répondeur. Je lui demande de m'acheter quelque chose à manger en passant. J'appelle la tante de mon conjoint. Ca y est, il vient de partir au bloc. Je lui donne de mes nouvelles. Elle est rassurée. J'attends. Le petit-déjeuner arrive. La déception ! Un café en sachet, 2 petites madeleines qui se battent en duel. Je mange à la vitesse grand V. Ma maman revient plus tôt que prévu, avec un sandwich. Je le dévore et je somnole. On attend qu'on me dise de sortir. 15h30. On me fait me rhabiller. Je vais pouvoir sortir. J'ai quand même mal au ventre. C'est pas le top. Je dois passer récupérer mes papiers aux admissions, puis passer voir la sage-femme pour avoir un premier résultat. Les deux femmes, elles aussi, sont encore là. Toujours dans le même ordre. J'entre dans le bureau de la sage-femme. Elle m'annonce qu'on m'a ponctionnée 16 ovocytes ! Je suis étonnée. 16, c'est beaucoup. Décidément, la stimulation a super bien fonctionné pour moi. Une vraie poule pondeuse. Petit sentiment de fierté pour moi, qui croyait jusqu'à maintenant ne pas être capable de ça. Elle me donne les dernières ordonnances : antibiotiques, progestérone par voie vaginale, anti-douleur, prise de sang pour confirmer un éventuel début de grossesse à faire 15 jours après. Je lui demande si on a des nouvelles de mon conjoint. Non. Je lui demande si je dois prendre tous ces médicaments même si on ne retrouve aucun spermatozoïde aujourd'hui. Elle me dit que, dans ce cas-là, je dois me contenter des antibiotiques uniquement. Elle me souhaite bon courage.

Je sors, j'appelle mon conjoint, sur le téléphone portable de sa tante. Je lui annonce la bonne nouvelle. Il est, lui aussi, très étonné, et un peu fier, je le sens bien. Il vient de remonter du bloc. Ca s'est bien passé. Il n'a pas de nouvelles pour le moment. Il va attaquer son repas : salade, poulet chaud, gratins, fromage et salade de fruits ! Quelle différence avec moi ! Je veux passer le voir, mais j'ai trop mal au ventre. Ma mère me ramène chez moi. Je marche comme une petite vieille. Je m'allonge et je dors un peu. Je rappelle mon conjoint. Ils sont tous les 4 en route. Toujours pas de nouvelles. Mon conjoint me dit : « à chaque jour suffit sa peine ». On doit appeler le lendemain après-midi pour connaître les résultats définitifs.

Il rentre enfin, avec son sac de médicaments : des compresses stériles et des anti-douleur. Il marche comme John Wayne ! Il me raconte comment ça s'est passé. Bien. Il s'est super bien réveillé. D'ailleurs, petite anecdote: dès qu'il a ouvert les yeux en salle de réveil, il a dit aux infirmières : "j'ai pas mal!". Je suis très fier de lui. Je l'aime. Il a été très courageux. Il a été jusqu'au bout. Il n'aura plus jamais aucun regret. Il sera un papa formidable.

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Penser différemment...

Mine de, attendre 24 heures pour une telle nouvelle, c'est long. Très long. Ces heures n'ont pas le même goût que les jours pendant lesquels nous avons attendu les résultats du premier spermogramme. A l'époque, l'enjeu était différent. On s'attendait à trouver des spermatozoïdes. Dans une moindre mesure ou pas en forme ou morts... On ne s'attendait pas à ne pas en trouver du tout. Nous n'étions pas préparés à apprendre une telle nouvelle. La chute n'en a été que plus dure. Non, cette fois-ci, on sait déjà qu'il n'y en a pas du tout au spermogramme et que nos chances d'en trouver à la biopsie sont extrêmement faibles. On s'attend au pire. On prie quand même pour qu'un miracle se réalise. Mais sans grande conviction. On est déjà préparés. On se sent déjà responsables de notre sort. On sait ce qu'il nous attend. En cas de réponse négative, il faudra prendre de vraies décisions d'adultes et quitter définitivement l'insouciance. Une confrontation terrible avec la réalité...

Je patiente, de mon côté, en postant sur mon forum. Je parle avec mes amies. Ca me fait beaucoup de bien. C'est un soutien et une force hors pair. Elles vivent, à quelques différences près, les mêmes choses que moi : les mêmes angoisses, les mêmes questions, les mêmes espoirs... On s'entraide et on se sent plus forte. Les relations virtuelles sont très troublantes. On se sent très proches de personnes qu'on n'a jamais rencontrées et qu'on ne rencontrera peut-être jamais. Mais elles sont là, derrière leur écran, à attendre chacun de nos résultats. Elles prennent de leur temps personnel pour s'intéresser aux autres. Pas comme dans la réalité où plus personne ne prend le temps. A ce moment, elles espèrent avec moi. Je sais que ce n'est pas du faux-semblant. Sur ce forum, j'ai souvent eu des "clefs"  pour affronter de nouvelles situations. Des clefs psychologiques, des paroles qui font réfléchir et voir la vie différemment. Il y a quelques mois, l'une de mes amies "virtuelles" (elle se reconnaîtra !), à qui je disais que l'urologue ne nous donnait que 10 à 15% de chances de trouver des spermatozoïdes à la biopsie, m'a répondu que les chiffres ne voulaient pas dire grand-chose, que la réponse à cette question était soit oui soit non et que, du coup, ça ramenait les chances d'en trouver à 50%. Ca ne parait rien. Mais cette petite phrase m'a beaucoup aidée. Elle m'a donné de l'espoir. Elle a donné de l'espoir à mon conjoint. Et dans les moments difficiles, j'y ai souvent pensé.

J'y pense là, maintenant. Il est 14h00. Il est temps d'appeler le laboratoire. Mes copines m'encouragent toujours virtuellement. Je n'ai plus envie d'appeler. A l'instant où je vais décrocher le téléphone va correspondre la fin définitive d'une aventure. On s'apprête à tourner une page de notre existence. Soit on continue. Soit on s'arrête là. Soit on peut espérer un jour avoir un enfant qui vienne de nous deux. Soit notre amour ne se concrétisera jamais de cette manière là.

Bien évidemment, tous les couples dans une situation semblable à la nôtre, appellent le laboratoire à cet instant pour connaître leur nombre potentiel d'embryons. Les couples dont les deux femmes étaient présentes hier avec moi pour la ponction doivent certainement être en train d'appeler. Le téléphone du laboratoire est pris d'assaut. Je n'arrive à avoir personne pendant une bonne demi-heure. Mon cœur bat de plus en plus vite. Je le sens battre à travers mon ventre, mes temps, mes mains... Les jambes vont me lâcher. Enfin, j'ai une biologiste au téléphone. Je branche le haut parleur. Je me présente. Un blanc. Elle lâche enfin : "donc, pour vous madame, nous avons ponctionné 16 ovocytes, ce qui est très bien. Pour monsieur, en revanche, nous n'avons rien retrouvé. Nous avons regardé hier après-midi, tout de suite après la ponction, nous avons regardé de nouveau ce matin, voir s'il n'y avait pas eu une migration dans la nuit. Malheureusement, non. Je suis désolée". Je lui lâche un merci de politesse, elle raccroche dans un "bon courage" compatissant.

Ca y est. La page vient de se tourner. On ne peut plus revenir en arrière. Une page blanche, sans couleurs, sans espoirs... Une page vide... Vide de vie. Désespérément. Il se met à pleurer. Comme un enfant. Ca me déchire le cœur. Je ne l'ai jamais vu pleurer. Lui, qui d'ordinaire est un vrai roc, un vrai "bonhomme" comme il dit, il s'effondre. Je sais qu'à la mort de sa mère, il y a quelques années, il n'a pas pleuré. Mais là, cette fois-ci, c'est différent. Je comprends ce que ça signifie pour lui. Ca signifie le néant, la fin, le malheur, la tristesse... Ca veut dire qu'il n'y aura plus personne de son sang, de sa chair, après lui... Ca veut dire qu'il n'y aura jamais un enfant de l'amour, fabriqué à partir de mes gênes et de ses gênes à lui, de nos traits physiques, de nos traits de caractère... Non. Ce rêve est éternellement brisé. Je l'entends sangloter et je reste, là, assise auprès de lui, impuissante. Je lui répète que ce n'est pas de sa faute. Qu'il est un homme normal. Que je l'aime. Rien n'apaise son chagrin. J'essaie de rester forte, mais de le voir, là, allongé, à essayer de cacher ses larmes, c'est plus fort que moi. Je suis si triste pour lui. Je suis tellement dégoûtée par cette vie qui ne lui a rien offert, qui l'a laissé de côté. J'en ai la nausée. Il parvient à me dire qu'il est si déçu, qu'il aurait bien voulu voir ce que le mélange de nous deux aurait donné. Oui. Moi aussi. Il faut se résigner. Jamais on entendra les ébahissements des gens stupéfaits de la ressemblance physique d'un enfant avec ses parents. Jamais il n'entendra que son enfant a son nez si atypique, son grand front, ses yeux marron... J'aurais tant voulu lui faire ce cadeau. J'aurais tant voulu lui faire cette surprise. Je repense à toutes ces fois où j'ai imaginé l'annonce de la nouvelle. Un paquet cadeau avec des chaussons. Le test de grossesse empaqueté. La lettre d'un troisième futur locataire postée à son nom. Je pense aux larmes qui auraient pu couler de son visage à ces instants. A ces larmes de joie, de bonheur que je ne verrais jamais. Il me dit qu'il se sent seul. Si seul. Il a perdu le maillon d'avant, sa maman qu'il aimait tant et à laquelle il n'a jamais eu le temps de dire son amour. Maintenant, il perd le maillon d'après. Je comprends cette solitude. Je sais que, moi, à ses côtés, ce n'est pas la même chose. Je sais qu'il m'aime. Il a besoin d'être rassuré. Il a besoin de savoir si je ne vais pas partir. Non, bien sûr que non. Serais-je lâche à ce point-là ? Après être passée par toutes ces épreuves. Bien sûr que oui, je vais rester. Bien sûr que oui, je vais continuer à me battre à ses côtés. L'amour est plus fort que tout. Ses yeux sont rouges, remplis de larmes. Je culpabilise que tout ça soit plus facile pour moi. Parce que, oui, ça l'est. Je peux avoir un enfant, moi. Ce parcours m'a rassuré. Lui, ce parcours l'a détruit. A tout jamais.

Il est temps d'annoncer la mauvaise nouvelle à toutes les personnes qui nous ont aidés. C'est ma mère qui appelle la première. Je lui annonce dans un sanglot. Elle pleure aussi. Je lui dis qu'on s'y attendait. Elle me répond qu'elle espérait, et qu'il n'y a pas de bon dieu. Non, une chose est sûre : il n'existe pas. Sinon, il ne priverait pas un homme, fait et prêt pour la paternité, de ce beau joyau. Et il n'autoriserait pas les mauvais pères, qui battent leur enfant et qui les humilient, à se reproduire. C'est ainsi. C'est la vie. Il faut être fair-play. Il faut l'accepter. Il appelle sa tante, la sœur de sa mère. C'est presque sa mère d'ailleurs. Elle est terriblement déçue. Elle espérait tant pour nous. Elle aurait tant chouchouté ce bébé. Déjà, elle pense à l'après. Au don. Elle dit à son neveu que ce bébé, même s'il n'a pas ses gênes, elle l'aimera tout autant, si ce n'est plus. Il sera comme un petit trésor. Je prends le téléphone. Elle est si triste, je le sens bien. Mon conjoint pleure à nouveau. Ca lui fait si mal de penser qu'il n'aura jamais d'enfant qui appartienne à cette famille qu'il aime par-dessus tout. J'ai maintenant la cousine de mon conjoint au bout du fil, la fille de sa tante. Elle essaie de faire bonne figure. Elle essaie de rester positive. Je repasse le combiné à mon homme. Les premiers instants, elle tente de le réconforter. Puis, en quelques secondes, elle fond en larmes. Il pleure aussi, là, assis par terre, la tête entre les jambes. C'est vraiment très dur tout cela. J'ai rarement vécu un moment aussi triste. Nous appelons enfin son père. Veuf depuis près d'une dizaine d'années. Il espérait tellement de cette opération qu'il avait même été prié Saint-Antoine, chez les Antoinistes à Paris, quelques jours avant. Rien n'y a fait. Ni ses prières, ni ses espoirs... Il est terriblement déçu. Il aurait tant aimé avoir un petit-fils ou une petite fille issu(s) de ses gênes. Mais il ne pleure pas. Au contraire, il est très positif. Il parle bien. Il dit à son fils que, désormais, il lui faut, il nous faut "penser différemment"...

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Le don de sperme en France

♥ Pourquoi donner ?

Aujourd'hui, on donne régulièrement son sang. De plus en plus, depuis quelques temps, ses organes. Ces actes sont très beaux. Ce sont des trésors, des cadeaux inestimables pour quiconque les reçoit.

Mais, lorsque l'on parle du « don de sperme », on est souvent confronté à des regards amusés et des sourires dédaigneux. Le don de sperme est souvent tabou. Malgré ses apparences futiles pour certains, il reste aujourd'hui pour les couples dont les hommes sont infertiles l'unique solution - outre l'adoption - d'avoir un enfant.

 

Vous avez la chance d'être déjà papa ? Vous connaissez les joies de la paternité ? Vous ne pourriez pas vivre sans ? 

Parce qu'un enfant, c'est le plus beau cadeau de la vie.

Il y a des hommes qui ne peuvent malheureusement pas connaître ce bonheur, la vie en ayant décidé autrement. Ils ne l'ont pas choisi. N'importe quel homme peut être touché au gré de sa vie, pour différentes raisons.

 

Alors, vous pouvez décider de faire partager ce bonheur que vous connaissez quotidiennement, ces éclats de rires, ces fiertés, ces larmes de joie... ! Vous pouvez décider d'aider un autre homme à devenir père !

C'est un cadeau inestimable. C'est un acte de partage, d'immense solidarité et de générosité désintéressée. Mais il reste avant tout, un acte profond d'amour.

 

La France manque considérablement de donneurs. Les couples infertiles attendent, selon les centres, entre 1 et 3 ans. C'est la raison pour laquelle, beaucoup de couples français s'inscrivent dans des centres belges ; la Belgique, toute proche, étant beaucoup plus souple que la France sur ce point. Mais ce n'est pas une solution. Notre pays doit être en mesure de répondre à ses couples infertiles, voire stériles.

 

♥ Comment donner ?

Pour faire un don de sperme, il suffit de contacter téléphoniquement un CECOS (Centre d'Etudes et de Conservation des Oeufs et du Sperme humains) pour prendre rendez-vous. Vous serez ensuite guidé. Il y a environ 24 CECOS en France (ce nombre peut varier, selon les agréments renouvelés ou non, chaque année).

Cette démarche est complètement anonyme. Vous ne connaitrez jamais le ou les couples auxquels vous avez fait ce fabuleux cadeau, et eux, n'auront jamais aucune information sur vous et votre couple. Ce système permet de privilégier la parenté sociologique et affective et non biologique.

C'est une démarche gratuite. Elle repose sur le volontariat. Elle n'est pas rémunérée, contrairement à certains pays. La France a pour éthique de ne pas faire de commerce du don de produits humains.

Enfin, le don est strictement encadré par des règles de sécurité sanitaire très strictes. La méthode « artisanale » est punie d'au moins 30 000 € d'amende.

Les conditions en France sont relativement drastiques, mais elles sont la garantie de dons aux qualités spermatiques les plus optimales possible.

Le donneur doit être âgé de moins de 45 ans, être déjà papa et avoir l'accord écrit de sa conjointe. Il doit également être en bonne santé.

Ce don lui demandera du temps. Il devra se rendre plusieurs fois au CECOS pour tour à tour faire des examens médicaux (prises de sang : au moment du don et 6 mois après) et faire son don. Le recueil se fait par masturbation. Il peut être amené à se déplacer parfois 5 fois. Un don ne peut être utilisé que pour donner vie à 5 enfants maximum, ceci afin d'éviter le risque de consanguinité ultérieure. Le sperme congelé peut se conserver près d'une dizaine d'années.

Sachez enfin que vous avez également la possibilité de faire avancer le dossier d'un couple proche. Vous vous présentez au CECOS en leur nom, mais le don que vous ferez ne sera pas pour eux. Il permettra simplement de réduire les délais de moitié pour votre couple d'amis. C'est une preuve d'amitié inestimable.

 

♥ Liste des CECOS en France :

1/ CHU AMIENS / CHR D'AMIENS

24 rue Desmoulins

80000 AMIENS

CECOS PICARDIE: 03 22 53 36 77

 

2/ CHU BESANÇON

Hôpital SAINT-JACQUES

Place Saint-Jacques

25000 BESANÇON

CECOS  BESANÇON Franche Comté: 03 81 21 80 21 ou 03 8121 86 98

 

3/ CHU  BORDEAUX

Maternité de l'Hôpital PELLEGRIN

Place Amélie Raba Léon

33076 BORDEAUX CEDEX

CECOS  AQUITAINE : 05 56 79 54 31

 

4/ CHU CAEN

Hôpital Côte de Nacre

14033 CAEN CEDEX

CECOS  CAEN : 02 31 06 45 06

 

5/ CHU  CLERMONT FERRAND

HOTEL-DIEU

Bd Léon Malfreyt 

63058 CLERMONT-FERRAND cedex 1

CECOS  AUVERGNE : 04 73 75 02 30

 

6/ CHU GRENOBLE

Hôpital Nord

38700 LA TRONCHE

CECOS  GRENOBLE : 04 76 76 53 60

 

7/ CHU  LILLE

Hôpital Jeanne de Flandres

59037 LILLE CEDEX

CECOS  NORD : 03 20 57 87 54

 

8/ CHU  LYON

Faculté de médecine 

8 Avenue Rockefeller

69373 LYON CEDEX 08

CECOS  LYON : 04 78 77 71 89

 

9/ CHU   MARSEILLE

Hôpital de la Conception

147 Bd Baille

13385 MARSEILLE CEDEX 05

CECOS  MARSEILLE CHU : 04 91 38 29 00

 

10/ IMR  MARSEILLE

6 Rue Rocca

13008 MARSEILLE

CECOS  MARSEILLE IMR : 04 91 76 32 32

 

11/ CHU  MONTPELLIER

Hôpital Arnaud de Villeneuve

370 Avenue du Doyen G. Giraud

34295 MONTPELLIER CEDEX 5

CECOS  MONTPELLIER : 04 67 33 62 99

 

12/ CHU  NANCY

Maternité Régionale

10 rue du Dr HEYDENREICH

54000 NANCY

CECOS  NANCY : 03 83 34 43 09

 

13/ CHU  NANTES

Biologie de la Reproduction

5 allées de l'Ile Gloriette

44035 NANTES

CHU  NANTES : 02 40 08 32 34

 

14/ CHU  NICE

Hôpital Pasteur

BP 69

06002 NICE CEDEX 1

CECOS  NICE : 04 92 03 85 14

 

15/ CHU TENON

4, rue de la Chine

75970 PARIS CEDEX 20

CECOS  PARIS-TENON : 01 56 01 78 01 ou 01 56 01 78 02

 

16/ CHU COCHIN

123 Bd Port-Royal

(Pavillon Cassini - Niveau 6)

75014 PARIS

CECOS  PARIS-COCHIN : 01 58 41 15 64

 

17/ CHU  NECKER

149 Rue de Sèvres

75743 PARIS CEDEX 15

CECOS  PARIS-NECKER : 01 44 49 46 52

 

18/ CHU REIMS

Hôpital Maison Blanchen

45 rue Cognacq Jay

51120 REIMS CEDEX

CECOS  CHAMPAGNE-ARDENNES : 03 26 78 85 84

 

19/ CHU  RENNES

HOTEL DIEU

1 bis Rue de la Cochardière

35000 RENNES

CECOS de l'OUEST : 02 99 63 13 11

 

20/ CHU  ROUEN

Pavillon Derocque

Hôpital Charles NICOLLE

1 Rue de Germont

76031 ROUEN CEDEX

CECOS  HAUTE-NORMANDIE : 02 32 88 82 26

 

21/ CHU  STRASBOURG

Hospices  Civils

1 Place de l'Hôpital

67091 STRASBOURG

CECOS  ALSACE : 03 88 11 67 47

 

22/ IFREARES  TOULOUSE

20 route de Revel

31400 TOULOUSE CEDEX

IFREARES -TOULOUSE : 05 62 71 85 70

 

23/ CHU TOULOUSE

Hôpital de la Grave

Place Langle

31052 TOULOUSE CEDEX

CECOS  MIDI-PYRENEES-TOULOUSE : 05 61 77 78 55

 

24/ CHU  TOURS

Hôpital BRETONNEAU 

Bd Tonnelle

37044 TOURS CEDEX

CECOS  REGION CENTRE OUEST : 02 47 47 47 45

 

(données fivfrance)

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Quelques jours entre parenthèses

Nous sommes le 1er juillet 2007. Je peux désormais reprendre le cours chronologique normal de notre histoire. Cela fait un peu plus d'un mois que nous avons appris la terrible nouvelle. Un mois et demi plus tard, notre malheur est toujours présent : on le voit chaque jour en face de nous. Ironique, trop puissant pour pouvoir lutter contre lui...

Mon conjoint est très touché. Je sais qu'il y pense sans cesse. La vue d'une famille le rend terriblement triste. Encore hier, il m'a dit qu'il avait vu un de ses collègues hommes danser avec son enfant, lors d'un bal populaire, et que ce spectacle si beau l'avait terriblement bouleversé. Je ne sais pas s'il commence à faire son "deuil". On en parle peu finalement. Le strict minimum. Au delà, il a trop mal. Je suis si triste pour lui. Si triste de n'avoir jamais cet enfant de nous. Ce sera un "nous" différent. Un "nous" résolument tourné vers l'amour, vers le don de soi, vers l'ouverture et la tolérance. Un "nous" qui oubliera que ce n'est pas un "nous" véritable, un "1+1=3"...  Ce sera un "1+1+1=3". Un gentil monsieur nous aidera à trouver le bonheur. Un monsieur avec un coeur gros comme ça. Merci monsieur par avance. Votre geste est très beau. Pour le moment, vous rendez fou de jalousie mon conjoint qui ne peut donner la vie, mais je suis sure qu'avec le temps, ses remerciements s'ajouteront aux miens. Il n'est pas tout à fait prêt pour le moment, mais vu les délais, il a le temps de se faire à cette idée. 

Pour ma part, j'ai remonté la pente assez facilement, je dirais. Les premiers jours ont été durs. Je me suis sentie impuissante à plusieurs reprises face à la mélancolie de mon conjoint. Et puis, je me suis mise à "penser différemment". A penser que notre petit bout, on l'aurait forcément un jour. Peut être pas dans les conditions "normales" - mais est-il permis dans notre cas de parler de normalité encore ? -, mais nous l'aurons ensemble, c'est sûr. C'est facile pour moi de dire ça. Moi qui, à priori, n'ai aucun problème ou des touts petits seulement. Moi, je pourrais avoir un enfant issu de mes gênes, avec peut-être mes traits physiques et mes traits de caractère. Je culpabilise souvent de mon bonheur, parce que finalement se dire qu'on aura un bout de soi un jour, c'est une chance énorme. J'en suis consciente. Mais je culpabilise de me dire de telles choses. Je ne les dis pas devant lui. Mais j'y pense souvent. J'ai parfois l'impression de me montrer trop impatiente. J'ai peur de lui faire mal, de lui donner l'impression que j'ai fait le deuil de notre enfant trop vite. J'avance. Je fonce tête baissée pour que l'attente soit la moins longue possible. Mais est-ce par amour pour lui, pour faire avancer notre couple sur le chemin du bonheur ? Est-ce du pur égoïsme de ma part? J'ai parfois du mal à faire la part des choses. Mais je continue quand même. A quoi bon trépigner, attendre encore et encore? La vérité éclatera par elle-même, avec le temps, je pense. Mes choix de maintenant trouveront prochainement leur justification. Je l'espère. Je n'ai pas envie que tout ceci soit vain. Il faut que je nous donne les moyens. Dans l'histoire, je suis la privilégiée, et donc, la plus forte. Alors, je continue d'avancer.

C'est ainsi que début juin j'ai contacté mon gynécologue personnel. Je voulais savoir s'il pouvait continuer à me suivre dans ce nouveau parcours. Je désirais également qu'il me conseille sur le choix d'un CECOS. Il m'a très vite répondu qu'il nous suivrait sans aucun problème, aussi longtemps que je le désirais. Ca m'a fait chaud au coeur. Alors, j'ai appelé les 3 CECOS parisiens. Je les ai interrogés tour à tour. Et j'ai finalement opté pour Cochin. Nous avons rendez-vous le 12 juillet 2007. Nous allons ouvrir notre dossier. Encore des papiers. Heureusement, avec la FIV, j'ai déjà tout. Le CECOS m'a annoncée 1 an de délai. Ca signifie que nous pourrons faire notre première insémination avec donneur (I.A.D.) à l'été 2008.

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Ouverture du dossier au CECOS

C'est ce matin, à 11h30, que nous avons eu rendez-vous au CECOS de l'hôpital Cochin, à Paris. Avant de partir, l'ambiance était un peu tendue. Moi, toute prête; lui, très angoissé, presque malade. A 10h, nous étions dans la voiture.

Nous avons finalement été assez vite pour aller jusque dans Paris. A peine 30 minutes. Du coup, on avait beaucoup d'avance. Nous nous sommes rendus à l'hôpital tranquillement, à pieds, après avoir trouvé une place de stationnement payant. Le fameux "payant/résidentiel" ! Une belle imbécillité, ça encore : les résidents ont une carte de stationnement annuel; les visiteurs, eux, doivent acheter une carte spéciale à 12 € dans un bureau de tabac, auxquels il faut ajouter 2€ pour chaque heure. Un premier stationnement à 14 € en somme... Le prix de l'amende! C'est fou, non? A chaque fois qu'on se rend à Paris, ça me fait enrager... Et à chaque fois, on prend le risque ! Qui c'est: c'est peut être pris dans le 100 % sécu ?!!

L'hôpital n'est pas tout récent. Il me fait penser à ces vieux bâtiments parisiens qui ont traversé toutes les guerres. A l'intérieur, on aperçoit, sous un porche, une magnifique vue sur un petit jardin intérieur, type cloître. C'est très beau. On suit les panneaux: le CECOS est tout au fond du complexe, tout proche de l'Observatoire. Nous voilà face au bâtiment, plus récent que les autres. On entre. On lit les indications: au 5ème étage, c'est le département "biologie de la reproduction" (tiens, on va peut être croiser des couples en pleine FIV?); au 6ème, le CECOS.

Nous nous présentons à l'accueil. Une secrétaire médicale est immédiatement disponible: elle nous reçoit dans un tout petit bureau pour ouvrir notre dossier informatique. On répète, chacun notre tour, notre nom, prénom, date de naissance, adresse. Elle me demande les différents papiers listés sur la convocation: lettre d'adresse du gynécologue, copies des cartes de groupe sanguins, copies des attestations de sécurité sociale, attestation de vie commune, examens attestant de la stérilité de monsieur et enfin, photos d'identité. Notre dossier est complet. J'ai présenté en plus, notre 100 % sécu à tous les deux, non pas pour me faire rembourser l'amende. J'ai bien fait: ce n'était pas demandé mais l'IAD est bien prise en compte dans le 100 %. Ouf! Par la fenêtre, on aperçoit la coupole de l'Observatoire. C'est vraiment très  beau. Le monde paisible des hommes de science, d'un côté et de l'autre de la fenêtre. 10 minutes plus tard, elle nous remet dans la salle d'attente. Le docteur va nous recevoir.

Même pas 5 minutes après s'être rassis, la doctoresse se présente et nous fait passer dans le bureau de consultation. Elle nous demande pourquoi on est venus jusqu'à elle. Voyant mon majeur droit entièrement pansé, je vois, dans son regard l'éclat d'une proche pointe d'humour, je la surpasse: "Je me suis fracturée une phalange! Quoi? Je me suis trompée? Ce n'est pas ici l'orthopédie?". L'entretien commence plutôt bien.

Elle reprend, point par point, notre parcours: le début des essais, notre tentative de FIV, la biopsie négative... Elle a l'air compatissant. "Vous savez Monsieur, ça aurait pu marcher. On aurait pu retrouver des spermatozoïdes...". Pas envie de revenir là-dessus... Elle nous demande si les médecins qui nous ont suivi en FIV nous ont expliqué l'IAD. Pas trop. On est plutôt bien documentés grâce à internet. Alors, elle prend le temps de nous expliquer. On parle des donneurs. On revient sur leur pénurie en France. Elle m'apprend que les CECOS n'ont pas l'autorisation de faire de la publicité, de mener des campagnes de sensibilisation auprès de la population. Ce sont vraiment les témoignages des couples infertiles qui permettent à certains hommes de donner au CECOS. Le bouche à oreille, rien de plus. Je lui demande si les donneurs se comptent en centaine(s) ou en dizaine(s) chaque année. "Oh, en centaine, ce serait merveilleux! Je crois qu'on compte environ 40 donneurs par an. Et nous sommes un gros CECOS!". Elle ajoute: "Pensez à tous les couples africains ou asiatiques vivant en métropole, confrontés à la stérilité... Les cultures, les mentalités ne sont pas les mêmes. La conception de la famille est bien différente de la nôtre. Les donneurs se comptent alors sur le doigt d'une main...". Je songe à la détresse de ces couples. "Et vous savez, vous pouvez avoir envie d'être donneur, mais peut être que votre sperme ne le permet pas: pas assez riche, pas assez résistant... Certains hommes commencent aussi à donner, mais ne reviennent parfois pas à leur 2ème prise de sang... Les parcours des CECOS est aussi semé d'embûches". Pas très encourageant tout ça...

Les donneurs doivent être âgés de moins de 45 ans, avoir déjà un ou plusieurs enfants, avoir le consentement de leur compagne. Ils doivent se plier à toute une batterie de tests: caryotype, sérologies à 6 mois d'intervalle, et bien sûr, recueils. Au moins 5. Ils sont reçus en entretien individuel également pour exposer leur motivation. Elle nous rappelle que le don est anonyme en France. Les donneurs ne sont pas à la recherche de nouvelles paternités. Ils donnent par amour. Ils ne veulent généralement pas avoir de lien avec leurs enfants "biologiques". On parle du débat actuel sur la levée de l'anonymat. A priori, ce n'est pas pour tout de suite en France: les fondateurs du CECOS tiennent vraiment à conserver l'anonymat des donneurs.

Elle nous demande ensuite si on à parler de nos difficultés à l'entourage. Par là même, si on a trouvé un donneur qui pourrait réduire nos délais. Oui, j'ai peut être trouvé quelqu'un. Mais, non seulement, mon conjoint et moi même pensons que le délai d'un an est nécessaire pour pouvoir s'approprier cette grossesse, cet enfant si différent, mais lui, ne veut pas en plus enter dans ce système de "chantage". "C'est comme si tu vois un super truc en vitrine, que tu ne peux pas acheter. Par contre, si tu payes le double, tu l'as!". Il n'a pas entièrement tord. Les CECOS le savent bien, mais pour le moment, c'est de cette manière uniquement qu'ils peuvent espérer accueillir de nouveaux donneurs.

On passe à toutes sortes de questionnaires maintenant. D'abord, les renseignements purement administratifs: nom, prénom, date de naissance, adresse, profession, date de début de vie commune, nombre de frère(s) et soeur(s), maladies particulières... On passe ensuite à la fiche de renseignement morphologique. Elle note, pour tous les deux, la couleur de la peau, des cheveux, leurs textures, la couleur des yeux, la taille, le poids, les groupes sanguins. Cela lui permet de nous donner une idée plus précise du délai d'attente, en fonction de la disponibilité des paillettes des donneurs se rapprochant de la carte morphologique de mon conjoint. Ca devrait aller vite: 12 mois. C'est confirmé.

J'ai ensuite un questionnaire rien que pour moi, qui décrit toutes les maladies dans ma famille (maladies graves, du sang, des os, neurologiques, phobies, dépressions, diabète, cholestérol...) Du côté de mon père, c'est difficile: je les connais très peu du fait du divorce précoce de mes parents. Du côté de ma mère, c'est plus simple. Une arrière grand mère décédée à plus de 90 ans du cancer du côlon, des problèmes de circulation (varices, maladie de Raynaud de ma mère), une allergie à la pénicilline pour moi. Selon elle, au vu de tout ça, pas besoin de pousser plus loin les examens génétiques pour moi.

On termine sur mes éventuels problèmes gynécologiques. Rien à signaler de ce côté là. Elle note "bonne réponse ovarienne" à côté de mes 16 ovocytes ponctionnés.

Elle nous explique, pour finir, les modalités pratiques. Nous devons, dans un premier temps, prendre rendez-vous avec un psychologue du centre. D'ici 3 mois, des fois qu'on change d'avis. Ce rendez-vous est obligatoire. Nous devons également demander audience auprès du Tribunal de Grande Instance de notre lieu de résidence. Il faut écrire une lettre expliquant que nous allons devoir passer par le don de sperme. Nous serons reçu par un juge au tribunal qui nous délivrera un consentement à l'utilisation du don de sperme. Là encore, c'est obligatoire. Une fois ces deux formalités remplies, nous devrons les tenir informés. Le CECOS ne nous rappellera pas. C'est bien à nous de téléphoner à chaque fois.

Vers le mois de juin 2008, je pourrais téléphoner au centre avec mon gynécologue pour récupérer notre première paillette. Préalablement, je devrais subir une stimulation ovarienne, plus douce que pour la FIV, mais passage à priori obligatoire par la case "piqûres". Histoire de ne développer qu'un ou deux ovocytes. Pas plus, pour éviter les grossesses multiples. Si mon gynécologue décide de faire une insémination toute bête, c'est à dire, déposer les spermatozoïdes à l'entrée du col, il pourra le faire lui-même, dans son cabinet. Par contre, s'il décide de faire une insémination intra-utérine, il faudra se rendre dans un laboratoire spécialisé. Ca tombe bien: celui où nous avions fait le premier spermogramme, tout près de la maison, le fait.

L'entretien s'achève. Il est midi. La doctoresse conclue en nous disant qu'elle donne un avis positif à notre dossier, à titre indicatif. Elle nous sent plutôt "sereins". Mon conjoint n'a pas beaucoup parlé pendant l'entretien. Mais il a parfaitement écouté. Et ça, c'est plutôt très positif. Il va pouvoir réflechir désormais.

On prend le chemin du retour. On s'arrête tout près du petit porche. On décide d'aller voir le petit jardin. Je me sens comme une collégienne qui brave l'interdit. C'est magnifique: un jardin à la française, en plein milieu des bâtiments médicaux, une chapelle. On ne se croit plus du tout à Paris, mais en pleine campagne. On respire tous les deux. On se sent forts. On sent la force de la vie. On est soulagés. Il est satisfait du rendez-vous, de l'écoute de la doctoresse.

Prochaines étapes donc: le psychologue et le tribunal. On va laisser passer l'été.

 

PS: je rassure les curieux: nous n'avons pas eu d'amende! ;-)

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Des tonnes de questions

Depuis ce premier rendez-vous au CECOS, je m'aperçois peu à peu que les difficultés ne s'arrêteront en aucun cas le jour où je serais enceinte. D'autres, différentes de celles vécues aujourd'hui, naîtront après l'espoir. Depuis le début de notre parcours "bébé", j'ai en ligne de mire ce début de grossesse, ce moment tant désiré, qui semble représenter pour moi, la fin de quelque chose.

Mais est-ce vraiment à ce moment précis que ce parcours douloureux va s'achever? Je n'en suis plus très sûre. J'envisage progressivement "l'après". Je me pose un millier de questions. Comment allons-nous parvenir à gérer quotidiennement cette situation peu banale ? Comment va-t-on réussir à vivre quotidiennement, face à cet enfant, certes de l'amour, mais reflétant continuellement le visage d'un autre homme ? Comment mon conjoint va-t-il se comporter avec un enfant qui n'est pas lui ? Va-t-il l'aimer aussi fort que s'il était génétiquement le sien ? J'ai peur de vivre avec du regret. J'ai peur de lire le regret dans les yeux de mon conjoint, chaque jour qui suivra la naissance de cet enfant bonheur. Je ne doute pas de son amour, de ses facultés à élever un enfant, à lui inculquer les valeurs qui lui sont chères. Je n'ai aucun doute là-dessus. J'ai juste peur que la tristesse pointe le bout de son nez dans notre histoire à trois, de manière insidieuse. J'appréhende simplement qu'il le rejette, involontairement. Qu'il songe, en regardant mon ventre, à cet autre homme qui m'a indirectement fécondée. Qu'il ne vive pas pleinement la grossesse, la naissance. Qu'il passe moins de temps avec lui, qu'il s'intéresse moins à lui, à son développement, à ses passions. Qu'il mette sur le dos de quelqu'un d'autre certains traits de caractère dans lesquels il ne se retrouve pas. Qu'il se dise tous les jours "il n'est pas de moi...". Qu'il vive sa paternité par procuration en quelque sorte. Alors que moi, je serais pleinement mère : mère biologique et mère d'amour. J'ai l'impression qu'on ne sera plus jamais sur le même pied d'égalité. Et en même temps, je ne peux plus rien faire pour rétablir la situation.

Et puis, il y aura cet enfant. Un enfant qui a le droit - c'est notre choix - de connaître son histoire. Nous ferons le choix de tout lui révéler, dès qu'il aura l'âge de comprendre certaines choses. A notre sens, c'est un secret de famille bien trop lourd à porter. Et chacun le sait : la vérité finit toujours un jour ou l'autre par éclater au grand jour. Les conséquences pour lui seraient terribles. Non. Il a le droit de savoir. On s'y prendra très jeune. 4, 5, 6 ans. Par des histoires, des anecdotes, des suppositions. Nos explications seront les plus transparentes possibles. Mon conjoint tient absolument à cette transparence. Mais cet enfant le regardera-t-il ensuite de la même manière ? Mon conjoint aura-il toujours une légitimité à lui dicter certaines choses, à lui en apprendre d'autres, à le conseiller dans ses choix de vie ? Ne va-t-il pas s'éloigner, le renier ? Au fond de moi, je ne crois pas. Mais cette barrière invisible ne va-t-elle pas finalement s'installer dans le chemin de leur relation père/enfant ? Pas quelque chose de voulu. On ne peut pas en vouloir à son père de cœur de ne pas avoir eu la chance de procréer. Mais il va certainement chercher à savoir qui lui a permis de vivre. C'est légitime. C'est une recherche qui le tourmentera. Quelque chose dont on parlera très souvent dans son enfance, dans son adolescence. Une difficulté à laquelle les couples "normaux" ne sont pas confrontés. Est-ce que j'aurais la force de gérer ? Mon conjoint sera-t-il fort pour affronter ces heures interminables de discussions sur le pourquoi du comment ? Notre couple ne va-t-il pas finir par imploser ? Notre famille va-t-elle tenir le coup ? Sera-t-on assez équilibrés pour élever cet enfant à l'histoire peu banale ? Sera-t-on capable de lui donner des clefs pour avancer dans la vie ? Faire face aux éventuelles moqueries ? Ne va-t-on pas « faire » un petit malheureux, pire, un enfant tourmenté, rebelle ? Finalement, a-t-on le droit de faire subir tout cela à un enfant qui n'a rien demandé ? Nous devrons être attentifs à tous les instants. Faire attention qu'il ne s'égare pas, qu'il ne prenne pas un mauvais chemin, qui nous rendrait tous les trois malheureux comme les pierres.

Les difficultés ne s'arrêtent pas du tout à la petite bedaine. Elles continuent bien au-delà. C'est la responsabilité de toute une vie. Je crois que le rendez-vous avec le psychologue va nous faire le plus grand bien. Nous allons avoir besoin de clefs pour faire face à cette étrange situation. IL va avoir besoin de soutien, surtout lui, pour devenir pleinement papa. Le chemin est encore très long. Encore hier soir, il m'a dit : "je ne sais pas si on fait bien de faire tout cela...De me forcer à tout cela...". J'ai été très triste. Je n'ai pas su quoi dire. Je ne sais plus quoi répondre. Alors je laisse faire le temps... J'essaie de rester optimiste et de me dire que d'ici un an, tout sera presque rentré dans l'ordre. J'essaie de ne pas sombrer dans la mélancolie, en me disant que peut être, dans un an, nous serons très loin du bonheur. Il aura peut-être fini par me dire qu'il ne sera jamais prêt et il aura peut être décidé de se séparer de moi. Peut être aurons nous fait tout cela pour rien. Ou peut être pas...

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