C'est difficile d'écrire l'attente... Je ne sais pas trop comment la raconter. Il ne se passe plus rien dans notre vie. On se lève, on travaille, on essaie de faire chacun de notre côté une activité en fin d'après-midi, on mange, on regarde la télévision, on dort... Le temps est suspendu. Ou il passe immuablement. Je ne sais plus très bien. Je sais que pour le moment, j'ai l'impression que le temps est long. Mais quand on sera arrivés à juillet 2008, j'esquisserai certainement un : "Déjà ?". Quoique... Je ne suis plus très sûre de moi.
Les choses n'ont guère avancé. On parle très peu souvent de tout cela. Comme si, finalement, on se disait qu'on avait un an pour y penser. Je sais que c'est faux. Il vaut certainement mieux en parler maintenant, mais je ne veux pas le bousculer. Je n'ai pas encore écrit au tribunal, je n'ai pas encore pris rendez-vous avec la psychologue, je n'ai pas encore rencontré mon gynécologue... L'autre soir, j'ai tenté un : " et toi ? Par quel rendez-vous tu veux commencer ? ". J'ai eu un : " comme tu veux... ". Pas tellement triste, mais presque banal, inintéressé. Et il a ajouté : " il y en a un à partir duquel je ne pourrais plus reculer... (le tribunal) ". Voilà à quoi se résument nos conversations sur le don de sperme.
Et puis, on a l'esprit bien occupé tous les deux, avec un tas de petits soucis parasites, notamment au boulot. On dirait même que ça nous donne comme un nouvel objectif pour cette année : régler les affaires professionnelles ! Pas de gros problèmes, mais des tas de trucs qui énervent. Et puis, quand on ne fait rien d'autre qu'attendre, tout prend une proportion pas possible. Alors que finalement, si on avait notre petite famille, rien ne serait plus important que notre cocon. J'idéalise ? Je n'en sais rien. En tous les cas, en voyant mes proches enceintes ou toutes jeunes mamans, c'est ce qui me saute aux yeux. J'ai tellement envie, au fond de moi, d'enfin pouvoir me dire que ma vie de famille passe avant tout, avant mon boulot...
On attend que le temps passe et on s'accroche à ce qu'on peut pour quand même avoir l'impression d'exister...
Et puis l'attente a ça de terrible : elle génère de nouvelles angoisses. J'ai peur que dans un an, je ne puisse plus donner la vie, à mon tour. Comme si mes fonctions reproductrices se détruisaient au fond de moi, que le mal me rongeait sans que je m'en rende compte. Je suis idiote, hein ? Et après comment je pourrais réagir ? " Bah, voilà, si on avait été plus vite dans les démarches, si on avait eu un donneur pour raccourcir nos délais d'attente, si on était passés par la Belgique, ça aurait marché... Là, je suis condamnée à tout jamais... ". C'est nul. Je serais capable de lui rejeter la faute. Je ne peux m'empêcher d'y penser. Ces pensées me rendent folles. On dirait un TOC, comme quand on a l'impression qu'en descendant les escaliers, on va forcément tomber... On pense au pire, alors qu'à priori, il n'y a pas matière à...
J'ai bien peur que tous mes messages de cette année ressemblent à celui-ci : une espèce de complainte, mêlée d'angoisses, de désespoir et de vide... Ca va être fatiguant à lire...
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