Vendredi 15 Juin 2007
Le jour de nos deux opérations
Par enquetedetoi, Vendredi 15 Juin 2007 à 10:52 GMT+2 dans Mon histoire
La veille au soir, le lundi, la tension est palpable. Tout au moins de mon côté. Mon conjoint, d'ordinaire sujet aux crises d'angoisse, est bizarrement serein, comme s'il vivait l'instant comme une délivrance. Il va bientôt savoir. Définitivement. Un collègue à lui a pris la peine de l'appeler juste avant. Ils ont le même âge ; lui, est atteint de la sclérose. Alors les biopsies, il connaît. Prochainement, on lui ponctionne le nerf qui passe dans la colonne vertébrale. Mon conjoint, inconsciemment, s'est alors dit alors que des gens souffraient bien plus que lui. Que lui, il était en bonne santé. Qu'il n'avait pas le droit de se plaindre, de pleurer sur son sort. Je suis étonnée de sa décontraction. Moi, en revanche, je suis stressée. J'ai pourtant l'habitude des anesthésies générales, mais j'ai toujours une petite appréhension. Mon conjoint attrape sa tondeuse : il doit se raser toutes les parties génitales. Il me fait un massacre. Il se coupe les testicules à plusieurs reprises. Mais il essaye de faire ça bien. On mange léger. On regarde un peu la télé. On s'endort, le ventre presque vide. Il faut être à jeun. Demain matin, pas de petits déjeuners.
Mardi 22 mai 2007. Mon réveil sonne à 6h00. Je me prépare en une demi-heure à peine. Ma mère passe me chercher à 6h45. L'hôpital m'attend à 7h30. Lorsqu'on arrive, il y a déjà deux couples qui patientent. Nous serons donc trois femmes à nous faire ponctionner. Elles rentrent dans une même chambre, moi, j'ai la mienne pour moi toute seule. On me fait me déshabiller. J'enfile la blouse, les chaussons plastiques, la charlotte et j'attends. L'infirmière arrive, me questionne. "Etes-vous bien à jeun ? Avez-vous enlevé tous vos bijoux ? Vous n'avez pas de maquillage ? Votre carte de groupe sanguin ?... ". Elle me prend la tension. Trop de tension. Normal, je suis émotive. Elle me donne un tranquillisant. Je me rallonge en attendant. J'entends les autres femmes partir au bloc avant moi. Je vais sûrement être la dernière. 9h30 : on vient me chercher. On me fait aller aux toilettes, puis, je monte sur le brancard. On me descend au bloc. L'une des deux femmes est déjà en salle de réveil. La seconde est à côté de moi, sur son brancard. J'ai l'impression qu'elle est inconsciente. On l'emmène dans le bloc n°3. J'entends qu'on l'endort. Dix minutes plus tard, le chirurgien passe un coup de fil. Je ne sais pas qui il appelle, mais je l'entends dire : "on a un problème avec Madame.... Ca arrive une fois sur deux... ". Je crois qu'on ne lui a rien ponctionné, ou on n'a pas pu. Je ne suis pas très rassurée. J'attends encore, dans le froid des blocs opératoires. Une infirmière vient enfin me mettre la perfusion. On m'installe enfin au bloc n°3. Une infirmière me met en position sur la table d'opération. Très sexy : les pattes écartées dans des étriers, sanglées, les fesses dans le vide, les bras en croix. Sur un, l'anesthésie ; sur l'autre, le tensiomètre. Là, dans cet état, je me sens mal. J'ai honte. Le gynécologue de l'hôpital qui va me ponctionner se présente à moi. On ne s'est jamais rencontrés. Il sait que mon conjoint va subir une biopsie, il m'en parle. "Je vais pouvoir vous dire rapidement combien j'ai ponctionné d'ovocytes. Le docteur B. m'a dit qu'il en avait vu une douzaine à la dernière échographie. On va essayer également de vous dire dès ce soir si oui ou non, on a retrouvé des spermatozoïdes". Je lui réponds que ça serait bien. Que ce qui m'importe, c'est de savoir si on en a trouvé. Combien, je m'en fous. L'anesthésiste, lui, me pique et me prévient : "je vais vous injecter un premier produit, pas très agréable. La tête va vous tourner. Si ça tourne, fermez les yeux. Ensuite, je vous injecterai un second produit, qui cette fois-ci vous endormira". Effectivement, le premier produit n'est pas terrible. Même les yeux fermés, la salle tourne. Je me sens partir. Impuissante...
11h15. J'ouvre les yeux en salle de réveil. Je sens une couche entre les jambes. Je me demande ce qu'ils ont bien pu me faire. Le sentiment de honte se réveille lui aussi. En même temps, les infirmières me hurlent dessus : "Madame ? Madame ? Ca va ? Vous êtes réveillée ? Vous êtes en salle de réveil ? Vous avez mal quelque part ?". Je réponds, à moitié dans les vap' : "j'ai mal au ventre". Elle me mette un anti-douleur en perfusion. Ca passe progressivement. 11h45 : je suis presque parfaitement consciente. On me fait remonter dans ma chambre. Ma mère est repartie depuis longtemps. Je suis toute seule. Déjà que je me sentais seule au monde. Là, j'ai carrément envie de pleurer, vu le grotesque de la situation. Je pense à mon conjoint. A l'heure qu'il est, midi, il doit être sur le point de se faire ponctionner. Je regarde par le hublot de la chambre, j'essaie de visualiser son hôpital à quelques mètres de là, derrière les immeubles, j'essaie de l'imaginer, comme pour lui donner plus de force. Une infirmière rentre et me propose un café. Elle m'annonce qu'ils ne me feront pas manger. Juste un petit déjeuner. Il faut que je demande à la personne qui m'accompagne de me ramener un sandwich. J'appelle ma mère. Répondeur. Je lui demande de m'acheter quelque chose à manger en passant. J'appelle la tante de mon conjoint. Ca y est, il vient de partir au bloc. Je lui donne de mes nouvelles. Elle est rassurée. J'attends. Le petit-déjeuner arrive. La déception ! Un café en sachet, 2 petites madeleines qui se battent en duel. Je mange à la vitesse grand V. Ma maman revient plus tôt que prévu, avec un sandwich. Je le dévore et je somnole. On attend qu'on me dise de sortir. 15h30. On me fait me rhabiller. Je vais pouvoir sortir. J'ai quand même mal au ventre. C'est pas le top. Je dois passer récupérer mes papiers aux admissions, puis passer voir la sage-femme pour avoir un premier résultat. Les deux femmes, elles aussi, sont encore là. Toujours dans le même ordre. J'entre dans le bureau de la sage-femme. Elle m'annonce qu'on m'a ponctionnée 16 ovocytes ! Je suis étonnée. 16, c'est beaucoup. Décidément, la stimulation a super bien fonctionné pour moi. Une vraie poule pondeuse. Petit sentiment de fierté pour moi, qui croyait jusqu'à maintenant ne pas être capable de ça. Elle me donne les dernières ordonnances : antibiotiques, progestérone par voie vaginale, anti-douleur, prise de sang pour confirmer un éventuel début de grossesse à faire 15 jours après. Je lui demande si on a des nouvelles de mon conjoint. Non. Je lui demande si je dois prendre tous ces médicaments même si on ne retrouve aucun spermatozoïde aujourd'hui. Elle me dit que, dans ce cas-là, je dois me contenter des antibiotiques uniquement. Elle me souhaite bon courage.
Je sors, j'appelle mon conjoint, sur le téléphone portable de sa tante. Je lui annonce la bonne nouvelle. Il est, lui aussi, très étonné, et un peu fier, je le sens bien. Il vient de remonter du bloc. Ca s'est bien passé. Il n'a pas de nouvelles pour le moment. Il va attaquer son repas : salade, poulet chaud, gratins, fromage et salade de fruits ! Quelle différence avec moi ! Je veux passer le voir, mais j'ai trop mal au ventre. Ma mère me ramène chez moi. Je marche comme une petite vieille. Je m'allonge et je dors un peu. Je rappelle mon conjoint. Ils sont tous les 4 en route. Toujours pas de nouvelles. Mon conjoint me dit : « à chaque jour suffit sa peine ». On doit appeler le lendemain après-midi pour connaître les résultats définitifs.
Il rentre enfin, avec son sac de médicaments : des compresses stériles et des anti-douleur. Il marche comme John Wayne ! Il me raconte comment ça s'est passé. Bien. Il s'est super bien réveillé. D'ailleurs, petite anecdote: dès qu'il a ouvert les yeux en salle de réveil, il a dit aux infirmières : "j'ai pas mal!". Je suis très fier de lui. Je l'aime. Il a été très courageux. Il a été jusqu'au bout. Il n'aura plus jamais aucun regret. Il sera un papa formidable.
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