Des tonnes de questions
Depuis ce premier rendez-vous au CECOS, je m'aperçois peu à peu que les difficultés ne s'arrêteront en aucun cas le jour où je serais enceinte. D'autres, différentes de celles vécues aujourd'hui, naîtront après l'espoir. Depuis le début de notre parcours "bébé", j'ai en ligne de mire ce début de grossesse, ce moment tant désiré, qui semble représenter pour moi, la fin de quelque chose.
Mais est-ce vraiment à ce moment précis que ce parcours douloureux va s'achever? Je n'en suis plus très sûre. J'envisage progressivement "l'après". Je me pose un millier de questions. Comment allons-nous parvenir à gérer quotidiennement cette situation peu banale ? Comment va-t-on réussir à vivre quotidiennement, face à cet enfant, certes de l'amour, mais reflétant continuellement le visage d'un autre homme ? Comment mon conjoint va-t-il se comporter avec un enfant qui n'est pas lui ? Va-t-il l'aimer aussi fort que s'il était génétiquement le sien ? J'ai peur de vivre avec du regret. J'ai peur de lire le regret dans les yeux de mon conjoint, chaque jour qui suivra la naissance de cet enfant bonheur. Je ne doute pas de son amour, de ses facultés à élever un enfant, à lui inculquer les valeurs qui lui sont chères. Je n'ai aucun doute là-dessus. J'ai juste peur que la tristesse pointe le bout de son nez dans notre histoire à trois, de manière insidieuse. J'appréhende simplement qu'il le rejette, involontairement. Qu'il songe, en regardant mon ventre, à cet autre homme qui m'a indirectement fécondée. Qu'il ne vive pas pleinement la grossesse, la naissance. Qu'il passe moins de temps avec lui, qu'il s'intéresse moins à lui, à son développement, à ses passions. Qu'il mette sur le dos de quelqu'un d'autre certains traits de caractère dans lesquels il ne se retrouve pas. Qu'il se dise tous les jours "il n'est pas de moi...". Qu'il vive sa paternité par procuration en quelque sorte. Alors que moi, je serais pleinement mère : mère biologique et mère d'amour. J'ai l'impression qu'on ne sera plus jamais sur le même pied d'égalité. Et en même temps, je ne peux plus rien faire pour rétablir la situation.
Et puis, il y aura cet enfant. Un enfant qui a le droit - c'est notre choix - de connaître son histoire. Nous ferons le choix de tout lui révéler, dès qu'il aura l'âge de comprendre certaines choses. A notre sens, c'est un secret de famille bien trop lourd à porter. Et chacun le sait : la vérité finit toujours un jour ou l'autre par éclater au grand jour. Les conséquences pour lui seraient terribles. Non. Il a le droit de savoir. On s'y prendra très jeune. 4, 5, 6 ans. Par des histoires, des anecdotes, des suppositions. Nos explications seront les plus transparentes possibles. Mon conjoint tient absolument à cette transparence. Mais cet enfant le regardera-t-il ensuite de la même manière ? Mon conjoint aura-il toujours une légitimité à lui dicter certaines choses, à lui en apprendre d'autres, à le conseiller dans ses choix de vie ? Ne va-t-il pas s'éloigner, le renier ? Au fond de moi, je ne crois pas. Mais cette barrière invisible ne va-t-elle pas finalement s'installer dans le chemin de leur relation père/enfant ? Pas quelque chose de voulu. On ne peut pas en vouloir à son père de cœur de ne pas avoir eu la chance de procréer. Mais il va certainement chercher à savoir qui lui a permis de vivre. C'est légitime. C'est une recherche qui le tourmentera. Quelque chose dont on parlera très souvent dans son enfance, dans son adolescence. Une difficulté à laquelle les couples "normaux" ne sont pas confrontés. Est-ce que j'aurais la force de gérer ? Mon conjoint sera-t-il fort pour affronter ces heures interminables de discussions sur le pourquoi du comment ? Notre couple ne va-t-il pas finir par imploser ? Notre famille va-t-elle tenir le coup ? Sera-t-on assez équilibrés pour élever cet enfant à l'histoire peu banale ? Sera-t-on capable de lui donner des clefs pour avancer dans la vie ? Faire face aux éventuelles moqueries ? Ne va-t-on pas « faire » un petit malheureux, pire, un enfant tourmenté, rebelle ? Finalement, a-t-on le droit de faire subir tout cela à un enfant qui n'a rien demandé ? Nous devrons être attentifs à tous les instants. Faire attention qu'il ne s'égare pas, qu'il ne prenne pas un mauvais chemin, qui nous rendrait tous les trois malheureux comme les pierres.
Les difficultés ne s'arrêtent pas du tout à la petite bedaine. Elles continuent bien au-delà. C'est la responsabilité de toute une vie. Je crois que le rendez-vous avec le psychologue va nous faire le plus grand bien. Nous allons avoir besoin de clefs pour faire face à cette étrange situation. IL va avoir besoin de soutien, surtout lui, pour devenir pleinement papa. Le chemin est encore très long. Encore hier soir, il m'a dit : "je ne sais pas si on fait bien de faire tout cela...De me forcer à tout cela...". J'ai été très triste. Je n'ai pas su quoi dire. Je ne sais plus quoi répondre. Alors je laisse faire le temps... J'essaie de rester optimiste et de me dire que d'ici un an, tout sera presque rentré dans l'ordre. J'essaie de ne pas sombrer dans la mélancolie, en me disant que peut être, dans un an, nous serons très loin du bonheur. Il aura peut-être fini par me dire qu'il ne sera jamais prêt et il aura peut être décidé de se séparer de moi. Peut être aurons nous fait tout cela pour rien. Ou peut être pas...
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Par enquetedetoi, Jeudi 19 Juillet 2007 à 18:17 GMT+2 dans Mon histoire (article, RSS)






