Ouverture du dossier au CECOS
C'est ce matin, à 11h30, que nous avons eu rendez-vous au CECOS de l'hôpital Cochin, à Paris. Avant de partir, l'ambiance était un peu tendue. Moi, toute prête; lui, très angoissé, presque malade. A 10h, nous étions dans la voiture.
Nous avons finalement été assez vite pour aller jusque dans Paris. A peine 30 minutes. Du coup, on avait beaucoup d'avance. Nous nous sommes rendus à l'hôpital tranquillement, à pieds, après avoir trouvé une place de stationnement payant. Le fameux "payant/résidentiel" ! Une belle imbécillité, ça encore : les résidents ont une carte de stationnement annuel; les visiteurs, eux, doivent acheter une carte spéciale à 12 € dans un bureau de tabac, auxquels il faut ajouter 2€ pour chaque heure. Un premier stationnement à 14 € en somme... Le prix de l'amende! C'est fou, non? A chaque fois qu'on se rend à Paris, ça me fait enrager... Et à chaque fois, on prend le risque ! Qui c'est: c'est peut être pris dans le 100 % sécu ?!!
L'hôpital n'est pas tout récent. Il me fait penser à ces vieux bâtiments parisiens qui ont traversé toutes les guerres. A l'intérieur, on aperçoit, sous un porche, une magnifique vue sur un petit jardin intérieur, type cloître. C'est très beau. On suit les panneaux: le CECOS est tout au fond du complexe, tout proche de l'Observatoire. Nous voilà face au bâtiment, plus récent que les autres. On entre. On lit les indications: au 5ème étage, c'est le département "biologie de la reproduction" (tiens, on va peut être croiser des couples en pleine FIV?); au 6ème, le CECOS.
Nous nous présentons à l'accueil. Une secrétaire médicale est immédiatement disponible: elle nous reçoit dans un tout petit bureau pour ouvrir notre dossier informatique. On répète, chacun notre tour, notre nom, prénom, date de naissance, adresse. Elle me demande les différents papiers listés sur la convocation: lettre d'adresse du gynécologue, copies des cartes de groupe sanguins, copies des attestations de sécurité sociale, attestation de vie commune, examens attestant de la stérilité de monsieur et enfin, photos d'identité. Notre dossier est complet. J'ai présenté en plus, notre 100 % sécu à tous les deux, non pas pour me faire rembourser l'amende. J'ai bien fait: ce n'était pas demandé mais l'IAD est bien prise en compte dans le 100 %. Ouf! Par la fenêtre, on aperçoit la coupole de l'Observatoire. C'est vraiment très beau. Le monde paisible des hommes de science, d'un côté et de l'autre de la fenêtre. 10 minutes plus tard, elle nous remet dans la salle d'attente. Le docteur va nous recevoir.
Même pas 5 minutes après s'être rassis, la doctoresse se présente et nous fait passer dans le bureau de consultation. Elle nous demande pourquoi on est venus jusqu'à elle. Voyant mon majeur droit entièrement pansé, je vois, dans son regard l'éclat d'une proche pointe d'humour, je la surpasse: "Je me suis fracturée une phalange! Quoi? Je me suis trompée? Ce n'est pas ici l'orthopédie?". L'entretien commence plutôt bien.
Elle reprend, point par point, notre parcours: le début des essais, notre tentative de FIV, la biopsie négative... Elle a l'air compatissant. "Vous savez Monsieur, ça aurait pu marcher. On aurait pu retrouver des spermatozoïdes...". Pas envie de revenir là-dessus... Elle nous demande si les médecins qui nous ont suivi en FIV nous ont expliqué l'IAD. Pas trop. On est plutôt bien documentés grâce à internet. Alors, elle prend le temps de nous expliquer. On parle des donneurs. On revient sur leur pénurie en France. Elle m'apprend que les CECOS n'ont pas l'autorisation de faire de la publicité, de mener des campagnes de sensibilisation auprès de la population. Ce sont vraiment les témoignages des couples infertiles qui permettent à certains hommes de donner au CECOS. Le bouche à oreille, rien de plus. Je lui demande si les donneurs se comptent en centaine(s) ou en dizaine(s) chaque année. "Oh, en centaine, ce serait merveilleux! Je crois qu'on compte environ 40 donneurs par an. Et nous sommes un gros CECOS!". Elle ajoute: "Pensez à tous les couples africains ou asiatiques vivant en métropole, confrontés à la stérilité... Les cultures, les mentalités ne sont pas les mêmes. La conception de la famille est bien différente de la nôtre. Les donneurs se comptent alors sur le doigt d'une main...". Je songe à la détresse de ces couples. "Et vous savez, vous pouvez avoir envie d'être donneur, mais peut être que votre sperme ne le permet pas: pas assez riche, pas assez résistant... Certains hommes commencent aussi à donner, mais ne reviennent parfois pas à leur 2ème prise de sang... Les parcours des CECOS est aussi semé d'embûches". Pas très encourageant tout ça...
Les donneurs doivent être âgés de moins de 45 ans, avoir déjà un ou plusieurs enfants, avoir le consentement de leur compagne. Ils doivent se plier à toute une batterie de tests: caryotype, sérologies à 6 mois d'intervalle, et bien sûr, recueils. Au moins 5. Ils sont reçus en entretien individuel également pour exposer leur motivation. Elle nous rappelle que le don est anonyme en France. Les donneurs ne sont pas à la recherche de nouvelles paternités. Ils donnent par amour. Ils ne veulent généralement pas avoir de lien avec leurs enfants "biologiques". On parle du débat actuel sur la levée de l'anonymat. A priori, ce n'est pas pour tout de suite en France: les fondateurs du CECOS tiennent vraiment à conserver l'anonymat des donneurs.
Elle nous demande ensuite si on à parler de nos difficultés à l'entourage. Par là même, si on a trouvé un donneur qui pourrait réduire nos délais. Oui, j'ai peut être trouvé quelqu'un. Mais, non seulement, mon conjoint et moi même pensons que le délai d'un an est nécessaire pour pouvoir s'approprier cette grossesse, cet enfant si différent, mais lui, ne veut pas en plus enter dans ce système de "chantage". "C'est comme si tu vois un super truc en vitrine, que tu ne peux pas acheter. Par contre, si tu payes le double, tu l'as!". Il n'a pas entièrement tord. Les CECOS le savent bien, mais pour le moment, c'est de cette manière uniquement qu'ils peuvent espérer accueillir de nouveaux donneurs.
On passe à toutes sortes de questionnaires maintenant. D'abord, les renseignements purement administratifs: nom, prénom, date de naissance, adresse, profession, date de début de vie commune, nombre de frère(s) et soeur(s), maladies particulières... On passe ensuite à la fiche de renseignement morphologique. Elle note, pour tous les deux, la couleur de la peau, des cheveux, leurs textures, la couleur des yeux, la taille, le poids, les groupes sanguins. Cela lui permet de nous donner une idée plus précise du délai d'attente, en fonction de la disponibilité des paillettes des donneurs se rapprochant de la carte morphologique de mon conjoint. Ca devrait aller vite: 12 mois. C'est confirmé.
J'ai ensuite un questionnaire rien que pour moi, qui décrit toutes les maladies dans ma famille (maladies graves, du sang, des os, neurologiques, phobies, dépressions, diabète, cholestérol...) Du côté de mon père, c'est difficile: je les connais très peu du fait du divorce précoce de mes parents. Du côté de ma mère, c'est plus simple. Une arrière grand mère décédée à plus de 90 ans du cancer du côlon, des problèmes de circulation (varices, maladie de Raynaud de ma mère), une allergie à la pénicilline pour moi. Selon elle, au vu de tout ça, pas besoin de pousser plus loin les examens génétiques pour moi.
On termine sur mes éventuels problèmes gynécologiques. Rien à signaler de ce côté là. Elle note "bonne réponse ovarienne" à côté de mes 16 ovocytes ponctionnés.
Elle nous explique, pour finir, les modalités pratiques. Nous devons, dans un premier temps, prendre rendez-vous avec un psychologue du centre. D'ici 3 mois, des fois qu'on change d'avis. Ce rendez-vous est obligatoire. Nous devons également demander audience auprès du Tribunal de Grande Instance de notre lieu de résidence. Il faut écrire une lettre expliquant que nous allons devoir passer par le don de sperme. Nous serons reçu par un juge au tribunal qui nous délivrera un consentement à l'utilisation du don de sperme. Là encore, c'est obligatoire. Une fois ces deux formalités remplies, nous devrons les tenir informés. Le CECOS ne nous rappellera pas. C'est bien à nous de téléphoner à chaque fois.
Vers le mois de juin 2008, je pourrais téléphoner au centre avec mon gynécologue pour récupérer notre première paillette. Préalablement, je devrais subir une stimulation ovarienne, plus douce que pour la FIV, mais passage à priori obligatoire par la case "piqûres". Histoire de ne développer qu'un ou deux ovocytes. Pas plus, pour éviter les grossesses multiples. Si mon gynécologue décide de faire une insémination toute bête, c'est à dire, déposer les spermatozoïdes à l'entrée du col, il pourra le faire lui-même, dans son cabinet. Par contre, s'il décide de faire une insémination intra-utérine, il faudra se rendre dans un laboratoire spécialisé. Ca tombe bien: celui où nous avions fait le premier spermogramme, tout près de la maison, le fait.
L'entretien s'achève. Il est midi. La doctoresse conclue en nous disant qu'elle donne un avis positif à notre dossier, à titre indicatif. Elle nous sent plutôt "sereins". Mon conjoint n'a pas beaucoup parlé pendant l'entretien. Mais il a parfaitement écouté. Et ça, c'est plutôt très positif. Il va pouvoir réflechir désormais.
On prend le chemin du retour. On s'arrête tout près du petit porche. On décide d'aller voir le petit jardin. Je me sens comme une collégienne qui brave l'interdit. C'est magnifique: un jardin à la française, en plein milieu des bâtiments médicaux, une chapelle. On ne se croit plus du tout à Paris, mais en pleine campagne. On respire tous les deux. On se sent forts. On sent la force de la vie. On est soulagés. Il est satisfait du rendez-vous, de l'écoute de la doctoresse.
Prochaines étapes donc: le psychologue et le tribunal. On va laisser passer l'été.
PS: je rassure les curieux: nous n'avons pas eu d'amende! 
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Par enquetedetoi, Jeudi 12 Juillet 2007 à 16:49 GMT+2 dans Mon histoire (article, RSS)
Ecrire me fait un bien fou. Ca me permet d'évacuer tout ce stress, toutes ces douleurs... J'ai l'impression de faire une oeuvre presque d'"utilité publique"! lol Les gens doivent être sensibilisés. je ne peux que te conseiller de faire la même chose. Ca te fera un bien fou, j'en suis sûre. Je te souhaite, enfin à tous les deux, beaucoup de courage. Surtout restez forts, restez unis et dans quelques mois, vous serez les plus heureux du monde. J'en suis certaine!
Me suis crompée...




