En quête de toi

Penser différemment...

Mine de, attendre 24 heures pour une telle nouvelle, c'est long. Très long. Ces heures n'ont pas le même goût que les jours pendant lesquels nous avons attendu les résultats du premier spermogramme. A l'époque, l'enjeu était différent. On s'attendait à trouver des spermatozoïdes. Dans une moindre mesure ou pas en forme ou morts... On ne s'attendait pas à ne pas en trouver du tout. Nous n'étions pas préparés à apprendre une telle nouvelle. La chute n'en a été que plus dure. Non, cette fois-ci, on sait déjà qu'il n'y en a pas du tout au spermogramme et que nos chances d'en trouver à la biopsie sont extrêmement faibles. On s'attend au pire. On prie quand même pour qu'un miracle se réalise. Mais sans grande conviction. On est déjà préparés. On se sent déjà responsables de notre sort. On sait ce qu'il nous attend. En cas de réponse négative, il faudra prendre de vraies décisions d'adultes et quitter définitivement l'insouciance. Une confrontation terrible avec la réalité...

Je patiente, de mon côté, en postant sur mon forum. Je parle avec mes amies. Ca me fait beaucoup de bien. C'est un soutien et une force hors pair. Elles vivent, à quelques différences près, les mêmes choses que moi : les mêmes angoisses, les mêmes questions, les mêmes espoirs... On s'entraide et on se sent plus forte. Les relations virtuelles sont très troublantes. On se sent très proches de personnes qu'on n'a jamais rencontrées et qu'on ne rencontrera peut-être jamais. Mais elles sont là, derrière leur écran, à attendre chacun de nos résultats. Elles prennent de leur temps personnel pour s'intéresser aux autres. Pas comme dans la réalité où plus personne ne prend le temps. A ce moment, elles espèrent avec moi. Je sais que ce n'est pas du faux-semblant. Sur ce forum, j'ai souvent eu des "clefs"  pour affronter de nouvelles situations. Des clefs psychologiques, des paroles qui font réfléchir et voir la vie différemment. Il y a quelques mois, l'une de mes amies "virtuelles" (elle se reconnaîtra !), à qui je disais que l'urologue ne nous donnait que 10 à 15% de chances de trouver des spermatozoïdes à la biopsie, m'a répondu que les chiffres ne voulaient pas dire grand-chose, que la réponse à cette question était soit oui soit non et que, du coup, ça ramenait les chances d'en trouver à 50%. Ca ne parait rien. Mais cette petite phrase m'a beaucoup aidée. Elle m'a donné de l'espoir. Elle a donné de l'espoir à mon conjoint. Et dans les moments difficiles, j'y ai souvent pensé.

J'y pense là, maintenant. Il est 14h00. Il est temps d'appeler le laboratoire. Mes copines m'encouragent toujours virtuellement. Je n'ai plus envie d'appeler. A l'instant où je vais décrocher le téléphone va correspondre la fin définitive d'une aventure. On s'apprête à tourner une page de notre existence. Soit on continue. Soit on s'arrête là. Soit on peut espérer un jour avoir un enfant qui vienne de nous deux. Soit notre amour ne se concrétisera jamais de cette manière là.

Bien évidemment, tous les couples dans une situation semblable à la nôtre, appellent le laboratoire à cet instant pour connaître leur nombre potentiel d'embryons. Les couples dont les deux femmes étaient présentes hier avec moi pour la ponction doivent certainement être en train d'appeler. Le téléphone du laboratoire est pris d'assaut. Je n'arrive à avoir personne pendant une bonne demi-heure. Mon cœur bat de plus en plus vite. Je le sens battre à travers mon ventre, mes temps, mes mains... Les jambes vont me lâcher. Enfin, j'ai une biologiste au téléphone. Je branche le haut parleur. Je me présente. Un blanc. Elle lâche enfin : "donc, pour vous madame, nous avons ponctionné 16 ovocytes, ce qui est très bien. Pour monsieur, en revanche, nous n'avons rien retrouvé. Nous avons regardé hier après-midi, tout de suite après la ponction, nous avons regardé de nouveau ce matin, voir s'il n'y avait pas eu une migration dans la nuit. Malheureusement, non. Je suis désolée". Je lui lâche un merci de politesse, elle raccroche dans un "bon courage" compatissant.

Ca y est. La page vient de se tourner. On ne peut plus revenir en arrière. Une page blanche, sans couleurs, sans espoirs... Une page vide... Vide de vie. Désespérément. Il se met à pleurer. Comme un enfant. Ca me déchire le cœur. Je ne l'ai jamais vu pleurer. Lui, qui d'ordinaire est un vrai roc, un vrai "bonhomme" comme il dit, il s'effondre. Je sais qu'à la mort de sa mère, il y a quelques années, il n'a pas pleuré. Mais là, cette fois-ci, c'est différent. Je comprends ce que ça signifie pour lui. Ca signifie le néant, la fin, le malheur, la tristesse... Ca veut dire qu'il n'y aura plus personne de son sang, de sa chair, après lui... Ca veut dire qu'il n'y aura jamais un enfant de l'amour, fabriqué à partir de mes gênes et de ses gênes à lui, de nos traits physiques, de nos traits de caractère... Non. Ce rêve est éternellement brisé. Je l'entends sangloter et je reste, là, assise auprès de lui, impuissante. Je lui répète que ce n'est pas de sa faute. Qu'il est un homme normal. Que je l'aime. Rien n'apaise son chagrin. J'essaie de rester forte, mais de le voir, là, allongé, à essayer de cacher ses larmes, c'est plus fort que moi. Je suis si triste pour lui. Je suis tellement dégoûtée par cette vie qui ne lui a rien offert, qui l'a laissé de côté. J'en ai la nausée. Il parvient à me dire qu'il est si déçu, qu'il aurait bien voulu voir ce que le mélange de nous deux aurait donné. Oui. Moi aussi. Il faut se résigner. Jamais on entendra les ébahissements des gens stupéfaits de la ressemblance physique d'un enfant avec ses parents. Jamais il n'entendra que son enfant a son nez si atypique, son grand front, ses yeux marron... J'aurais tant voulu lui faire ce cadeau. J'aurais tant voulu lui faire cette surprise. Je repense à toutes ces fois où j'ai imaginé l'annonce de la nouvelle. Un paquet cadeau avec des chaussons. Le test de grossesse empaqueté. La lettre d'un troisième futur locataire postée à son nom. Je pense aux larmes qui auraient pu couler de son visage à ces instants. A ces larmes de joie, de bonheur que je ne verrais jamais. Il me dit qu'il se sent seul. Si seul. Il a perdu le maillon d'avant, sa maman qu'il aimait tant et à laquelle il n'a jamais eu le temps de dire son amour. Maintenant, il perd le maillon d'après. Je comprends cette solitude. Je sais que, moi, à ses côtés, ce n'est pas la même chose. Je sais qu'il m'aime. Il a besoin d'être rassuré. Il a besoin de savoir si je ne vais pas partir. Non, bien sûr que non. Serais-je lâche à ce point-là ? Après être passée par toutes ces épreuves. Bien sûr que oui, je vais rester. Bien sûr que oui, je vais continuer à me battre à ses côtés. L'amour est plus fort que tout. Ses yeux sont rouges, remplis de larmes. Je culpabilise que tout ça soit plus facile pour moi. Parce que, oui, ça l'est. Je peux avoir un enfant, moi. Ce parcours m'a rassuré. Lui, ce parcours l'a détruit. A tout jamais.

Il est temps d'annoncer la mauvaise nouvelle à toutes les personnes qui nous ont aidés. C'est ma mère qui appelle la première. Je lui annonce dans un sanglot. Elle pleure aussi. Je lui dis qu'on s'y attendait. Elle me répond qu'elle espérait, et qu'il n'y a pas de bon dieu. Non, une chose est sûre : il n'existe pas. Sinon, il ne priverait pas un homme, fait et prêt pour la paternité, de ce beau joyau. Et il n'autoriserait pas les mauvais pères, qui battent leur enfant et qui les humilient, à se reproduire. C'est ainsi. C'est la vie. Il faut être fair-play. Il faut l'accepter. Il appelle sa tante, la sœur de sa mère. C'est presque sa mère d'ailleurs. Elle est terriblement déçue. Elle espérait tant pour nous. Elle aurait tant chouchouté ce bébé. Déjà, elle pense à l'après. Au don. Elle dit à son neveu que ce bébé, même s'il n'a pas ses gênes, elle l'aimera tout autant, si ce n'est plus. Il sera comme un petit trésor. Je prends le téléphone. Elle est si triste, je le sens bien. Mon conjoint pleure à nouveau. Ca lui fait si mal de penser qu'il n'aura jamais d'enfant qui appartienne à cette famille qu'il aime par-dessus tout. J'ai maintenant la cousine de mon conjoint au bout du fil, la fille de sa tante. Elle essaie de faire bonne figure. Elle essaie de rester positive. Je repasse le combiné à mon homme. Les premiers instants, elle tente de le réconforter. Puis, en quelques secondes, elle fond en larmes. Il pleure aussi, là, assis par terre, la tête entre les jambes. C'est vraiment très dur tout cela. J'ai rarement vécu un moment aussi triste. Nous appelons enfin son père. Veuf depuis près d'une dizaine d'années. Il espérait tellement de cette opération qu'il avait même été prié Saint-Antoine, chez les Antoinistes à Paris, quelques jours avant. Rien n'y a fait. Ni ses prières, ni ses espoirs... Il est terriblement déçu. Il aurait tant aimé avoir un petit-fils ou une petite fille issu(s) de ses gênes. Mais il ne pleure pas. Au contraire, il est très positif. Il parle bien. Il dit à son fils que, désormais, il lui faut, il nous faut "penser différemment"...

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Vos commentaires

1 Le Dimanche 17 Juin 2007 à 12:14 GMT+2, par souris34130

Merci de nous faire partager votre histoire ...
Ne perdez pas espoir, vous finirez par avoir un enfant bien à vous .. que ce soit grace au don ou grace à l'adoption .. Il ne faut pas baisser les bras, tout est encore possible.
Pourquoi ne pas vous inscrire à Toulouse au cecos avec comme parrain, le mari d'Angel .. c'est un couple fantastique, et très généreux. Je précise que Angel marraine mon dossier pour un don d'ovo et franchement vous méritez que son mari parraine le votre :o)
Courage

2 Le Dimanche 17 Juin 2007 à 13:53 GMT+2, par enquetedetoi

Merci beaucoup pour ton témoignage. Nous sommes malheureusement loin de Toulouse, puisque nous résidons dans la région parisienne. Nous allons donc probablement passer par l'un des 3 CECOS parisiens. J'ai l'impression également que mon homme n'est pas prêt à demander à un autre homme de parrainer notre dossier. C'est un chemin qui demande beaucoup de patience et d'humilité.
En tous les cas, merci beaucoup. Je te souhaite tout plein de bonheur à venir. :-)

3 Le Lundi 18 Juin 2007 à 10:07 GMT+2, par impacienza

oh kiyou, comme je m'y attendais, la chute de ton histoire me fait pleurer.
Mais après une chute, on se relève... il y a maintenant d'autres etapes, d'autres attentes, mais sans doute des joies et du bonheur qui vous attendent enfin. Effectivement, comme le dit justement ton beau pere, il faut penser différemment et je sais que vous y parviendrez.

4 Le Lundi 18 Juin 2007 à 17:26 GMT+2, par June09

Soeurette de chagrin, soeurette de désillusion, mais soeurette d'espoir tout de même parce qu'il en faut pour avancer, comme il semble loin, le temps où mes pourcentages et paris sur le mauvais sort nous faisaient rire. Garde courage.

5 Le Mardi 19 Juin 2007 à 17:48 GMT+2, par enquetedetoi

Merci beaucoup pour vos encouragements. Nous gardons espoir. De toutes façons, il ne nous reste que ça... On va se battre. Le combat est trop beau, non? :-)

6 Le Mardi 19 Juin 2007 à 19:18 GMT+2, par celo44

Oh ma Kyiou, je lis tes mots et j'ai les larmes aux yeux.
on va y arriver, j'en suis sûre !!

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