En quête de toi

On y est : notre première FIV-ICSI

Mon médecin-gynécologue personnel a choisi pour moi un protocole de stimulation dit "long". Cela consiste à d'abord injecter un premier produit pour bien "bloquer" les ovaires afin qu'ils ne répondent plus du tout à la commande de fabrication des follicules, puis à injecter un autre produit pour multiplier et accélérer la croissance des follicules, futurs ovocytes. La première partie permet, du coup, de mieux maîtriser la deuxième. Ces traitements sont extrêmement lourds et ils ne doivent pas être pris à la légère. Mal suivis, ils peuvent avoir des conséquences gravidiques. La première d'entre elles est l'hyperstimulation, c'est-à-dire que les ovaires ont produit trop et trop vite des follicules. Un bon suivi médical (prises de sang régulières - au moins tous les 2/3 jours à partir du 6ème jour de stimulation - et échographies) permet d'éviter une aggravation de ce phénomène. Bien entendu, en cas de suspicion d'hyperstimulation, il faut tout arrêter et se reposer le plus possible. Heureusement, les centres de P.M.A. ont l'habitude, les médecins sont rompus à l'exercice et les cas gravidiques d'hyperstimulation sont extrêmement rares.

Je commence mes piqûres de blocage le 22 avril 2007, au 21ème jour de mon cycle ; le médecin suppose donc que j'ai déjà ovulé. Les follicules et ovocytes produits il y a quelques jours vont donc se désagréger et former le corps jaune, à l'origine des règles. J'en ai pour une quinzaine de jours. J'ai choisi de ne pas me faire les piqûres moi-même. Beaucoup d'amies le font chez elle. Peut-être une légère appréhension de ma part... Quoi qu'il en soit, j'ai la chance d'avoir un cabinet d'infirmières à 5 minutes à pieds de mon travail. Elles font une permanence tous les soirs de 17h45 à 18h15. Ca m'oblige à sortir à l'heure du travail : finies les heures sup' ! J'essaye d'arriver la première sinon, il y a une attente pas possible. Les infirmières sont super gentilles, tout se passe bien. Je commence à avoir les premiers "bleus" sur le ventre. Il gonfle à vu d'œil. Ce sont les principaux inconvénients de ces traitements.

Au bout de 15 jours, je me rends chez mon médecin. Il me fait une échographie pour voir si le blocage des ovaires a bien fonctionné. A première vue, non. Pas encore. Ce résultat visuel doit être complété par le résultat de la prise de sang faite le matin même. J'attends donc son coup de fil dans l'après midi pour connaître la marche à suivre. Je continue les piqûres de blocage quelques jours de plus.

Nouveau contrôle le 7 mai au matin, mais cette fois-ci directement à l'hôpital, à Paris, mon médecin n'est pas là. J'ai rendez-vous à 8h30. J'arrive à 8h00: un monde pas possible ! Je ne suis pas prête de passer. Ca me fait enrager. Je vais encore être en retard au travail. A l'échographie, tout va bien. L'endomètre est bien fin, les ovaires bien "endormis". La sage-femme qui m'ausculte me dit même : "vous avez tout ce qu'il faut là où il faut pour bien réagir à la stimulation !". Chouette, une bonne nouvelle. Pareil : il faut tout de même attendre les résultats de la prise de sang, faite le matin même. Je sors de là, il est 10h30: je suis bien en retard au travail. Encore une fois... La sage-femme doit me rappeler en fin de journée pour me dire quoi faire, quel produit prendre. 17h30, mon téléphone sonne: je continue le "blocage" encore 2 jours. Au troisième, j'attaque. Enfin!

Je commence donc la "vraie" stimulation le 10 mai. Je dois faire un premier contrôle (prise de sang et échographie) le 15. Je sens déjà, au bout de 2 jours de piqûres, que l'ovaire gauche est en train de "performer". D'habitude, c'est tout le temps le droit. Pour une fois... Là encore, mon médecin n'est pas là, je dois aller à l'hôpital. Les débuts sont encourageants : comme je le sentais, 6 follicules entre 10 et 11 mm se développent sur l'ovaire gauche, et 2, à droite (environ 10 mm). L'endomètre est à 8.4. Je vais donc continuer quelques jours de plus la stimulation. Mais ça devrait aller relativement vite. J'ai le ventre de plus en plus gonflé. On dirait que je suis enceinte d'au moins 6 mois ! Avec toutes mes absences matinales et ce ventre pas possible, mes collègues vont commencer à se poser des questions, et certainement pas les bonnes... Enfin, je continue, l'air de rien.

Trois jours plus tard, je retourne voir mon gynécologue. L'échographie montre dorénavant 8 follicules à gauche et 4, à droite. Ils sont presque tous matures. De tels résultats semblent ravir mon médecin qui m'imprime même l'échographie et me remontre les très belles tâches brunes sur les ovaires à plusieurs reprises. "C'est très beau, très bien... Très beau !". A titre de comparaison, une femme non stimulée, en cycle normal, produit généralement 1, plus rarement 2, ovocyte(s) par mois. J'en suis à plus d'une dizaine. Ca en fait des bébés en puissance! La LH est à 1.03, l'oestradiol à 1227 et la progestérone à 1.27. C'est imminent; l'oestradiol est bien haut (on dit qu'un follicule mature = 200). Je suppose que le laboratoire a faxé les résultats à mon gynécologue qui doit m'indiquer la marche à suivre. 17h45, alors que je dois aller faire ma piqûre, personne ne m'a appelé. Je panique, d'autant que les piqûres doivent toujours être faites à la même heure. Je décide de me rendre directement à son cabinet. Je préviens l'infirmière que je vais être en retard. Evidemment, plein de femmes enceintes attendent dans sa salle d'attente. Je profite qu'il sorte de son bureau pour lui sauter dessus : "votre fax ne marche plus, et vous n'avez pas récupéré vos lignes... L'infirmière m'attend, et je ne sais pas quoi faire... ". Il me fait me rasseoir, prend une autre patiente. Et j'attends, là, paniquée... Il est 18h05. Il ressort et me fait rentrer. Il m'annonce tout de go : "vous faites la piqûre de déclenchement samedi soir à 21h00. On fait votre ponction et la biopsie de votre conjoint lundi matin". Je reste comme 2 ronds de flan. Je pars en catastrophe à la piqûre et du coup, j'ai oublié de demander plein de trucs à mon médecin. Je ressors de l'infirmière à 18h30. J'essaie d'appeler l'assistante de mon gynécologue pour caler les derniers préparatifs. Personne. J'essaie d'appeler les deux hôpitaux avant le week-end pour les prévenir qu'on débarque avec mon conjoint lundi matin. Ils sont tous partis et ne travaillent pas le samedi. Je suis catastrophée. Paniquée. Je fonds en larme à la maison. Mon conjoint hurle : "mais c'est quoi cette organisation ? C'est pas possible !". Je suis désespérée. Heureusement, l'assistante me rappelle à 20h00 : le médecin s'est trompé avec tous ces jours fériés du mois de mai. Je ne déclenche pas samedi soir, mais dimanche soir. Nous serons donc opérés mardi 22 mai au matin.

Je fais ma dernière piqûre de stimulation le samedi à 18h00. L'infirmière m'apprend à me piquer toute seule, parce qu'elle ne se déplace pas, tard en soirée pour faire les domiciles. Elle ne pourra donc pas me faire la piqûre de déclenchement, qui se fait forcément en fin de soirée, voire la nuit; la ponction ovocytaire devant forcément intervenir 36 heures plus tard au maximum.

Arrive le dimanche, 21h00. J'attrape l'ultime seringue, celle qui va tout déclencher et libérer mes ovaires de tous ces petits espoirs ronds. Libérer mon ventre de cet énorme gonflement. Je suis toute seule dans la salle de bains. Je me pique dans le ventre. J'ai l'impression d'être une "toxicomane", de faire un truc pas bien. C'est bizarre. L'instant est presque pathétique. Tout est joué. Ne reste plus qu'à patienter jusqu'au mardi 22 mai 2007.

Je rentrerai la première au bloc, vers 7h30/8h00. Ma mère m'accompagnera. Mon conjoint, lui, devra se rendre dans son hôpital vers 9h30, pour y être opéré en fin de programme, vers 12h00/13h00. Sa grand-mère, sa tante et son père l'accompagneront. On sera tous les deux séparés, à un instant si important de notre vie. Un moment où d'ordinaire presque tous les couples s'unissent dans l'amour, enlacés l'un avec l'autre, avec l'envie et la ferme intention de devenir trois.

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