Un combat tant médical que psychologique
Je crois que je l'ai dit plus haut : il faut vivre les difficultés de l'infertilité pour pouvoir mieux les comprendre. C'est la raison pour laquelle j'ai fait le choix d'écrire mon histoire. Et c'est la raison pour laquelle j'ai décidé d'en parler autour de moi. Je n'ai pas envie de faire culpabiliser les gens, mais j'ai juste envie de les "sensibiliser" aux problèmes de l'infertilité, voire de la stérilité, pour qu'ils essaient de faire plus attention à leur entourage. Regardez autour de vous : je suis sûre qu'il y a dans votre périmètre de connaissances des couples sans enfants, seuls, tristes. Peut être qu'eux aussi ont des difficultés à concevoir...
Il n'y a rien de pire pour les couples infertiles que d'entendre les sempiternels : "et vous, c'est pour quand ?", "vous avez perdu le mode d'emploi ?", "ça ne vient pas parce que vous y pensez trop !"... J'en passe et des meilleures. C'est extrêmement rageant. Alors, si : on a sauté le pas, on a trouvé le mode d'emploi, on l'a même retourné dans tous les sens, et rien n'est psychologique dans notre affaire, il y a de réels problèmes physiques.
Ce genre de phrases nous ramène involontairement (et parfois volontairement, j'en ai vus !) devant notre incapacité à donner la vie. C'est démoralisant et parfois même destructeur. On essaie justement de ne pas penser à nos problèmes, de s'ouvrir plutôt au monde environnant, d'y trouver des nouveaux repères et ces petites assassines de 5 ou 6 mots à peine nous confrontent au vide créé par l'absence d'un petit « bout de nous ». On ressent alors presque quotidiennement un manque, le manque de quelqu'un qui fait partie de nous mais qui n'est pas encore là. Pas une minute sans y penser. On est dans une sorte de bulle où le temps s'est arrêté. On ne profite plus du moment présent, mais on est toujours dans le projeté, le prévisionnel. Et pendant ce temps, la vie, elle, continue tout autour de soi. On « sort » de la réalité, comme déconnectée de la vraie vie. Parce que la vraie vie pour nous n'a pas encore eu lieu.
En parlant de vie, on se sent souvent idiote, en tant que femme, à éprouver de la jalousie et de l'envie face aux femmes enceintes. Un ventre rond... et on devient dingue ! Dingue d'avoir le sien désespérément plat. Plusieurs fois, je me suis surprise à dire : "et elle, elle l'a mérité ?". Ou alors, quelque chose que je fais souvent : je regarde les magasines people et je compte les stars qui ont déjà des bébés, et surtout l'âge auquel elles ont eu le premier. Si elles sont plus âgées que moi, ça va ; si, au contraire, elles sont plus jeunes, ça m'attriste. Je sais : c'est nul. On le sait qu'on est nulles, mais c'est plus fort que nous. Heureusement, ce genre de réflexions égoïstes s'estompent au fil du temps. Et petit à petit, on se réjouit des naissances autour de nous. A plusieurs reprises, j'ai pleuré en pensant à tout cela. Mon conjoint, dans toute sa force, m'a dit un jour : "heureusement qu'il y a des grossesses, heureusement qu'il y a des bébés, heureusement qu'il y a des gens - la grande majorité - qui y parviennent sans souci. La vie se perpétue". Je pense souvent à cette phrase et ça m'aide beaucoup dans mes moments de cafard. Je suis devenue plus sage, plus réaliste, plus patiente, plus compréhensive et moins envieuse. Mais je suis toujours révoltée par les histoires d'infanticide et d'abandon. Je n'arrive pas à concevoir qu'on puisse tuer ou abandonner dans la rue comme un vulgaire paquet le petit être qu'on vient de mettre au monde, qu'on a porté 9 mois, qui est une part de nous. Si on n'en veut pas, on peut s'orienter vers une association ou un orphelinat, pour faire le bonheur d'un couple qui ne peut pas avoir le sien. Je reste également très troublée par les avortements. Je ne parle évidemment pas de ceux qui sont la conséquence d'une histoire tragique. Mais des autres. Une jeune amie (23 ans) redoutait un jour d'être enceinte, parce que son chéri ne le souhaitait pas dans l'immédiat, alors qu'ils étaient tous les deux installés. Quand je lui ai demandé ce qu'elle ferait si c'était le cas, elle m'a répondu : "je ne le garderais pas. On recommencera quand on sera prêt : 6 mois, un an plus tard... " J'ai essayé de lui dire de faire attention, peut être que cela n'aurait plus jamais lieu. Ca m'a fendu le cœur, ça m'a rendue très triste.
Il faut aussi se battre contre soi-même, contre ses démons. C'est un combat plus personnel que "collectif" d'ailleurs. Souvent, je me sens vide, creuse, sans intérêt. J'ai l'impression qu'à 27 ans, ma vie n'a pas commencé. Parfois, j'ai peur qu'elle ne commence jamais. Il me manque quelqu'un. Je l'imagine souvent ce "quelqu'un", tous les jours pour ainsi dire, depuis novembre 2003 : son visage, sa chambre, ses mimiques, comment je pourrais l'habiller, jouer, ses premiers rires, ses premiers pas, son premier "maman", son premier "papa"... J'ai peur que tout cela n'arrive jamais. Je crois que je ne pourrais pas m'en remettre. J'étais autrefois extrêmement carriériste. Je ne le suis plus. Et si mon destin de femme - celui d'être mère - ne s'accomplissait pas, je serai extrêmement malheureuse. Souvent, je me mens à moi-même, pour mieux faire passer la pilule : "et de toutes façons, que restera-t-il après toi ? Rien... ". Depuis toutes ces années, je me suis persuadée, alors que je ne le souhaite pour rien au monde, que je n'étais physiquement pas faite pour cela, que mon corps n'était pas fait pour accueillir un enfant. Je me suis aussi dit que si la nature en avait décidé ainsi, c'est que je serais sans doute une mauvaise mère. Tout ceci tend à disparaître maintenant. Aujourd'hui, je suis presque sûre que toutes les femmes sont faites pour enfanter, qu'elles sont ou seront toutes de merveilleuses mères. C'est juste un concours de circonstances. Il faut savoir se montrer patiente, c'est tout. Mieux, je me dis que je suis courageuse, que mon conjoint est courageux, pour traverser ensemble, main dans la main, toutes ses étapes. C'est la plus belle preuve d'amour qui soit pour son futur enfant. En fait, nous sommes déjà maman ou papa de quelque chose.
C'est un combat qui nous plonge, inconsciemment dans la tourmente. C'est très violent. Mes mots, mes impressions ici sont crus, je m'en rends compte. J'espère simplement qu'avec mon histoire vous pourrez mieux comprendre les couples en détresse autour de vous, pour les soutenir, parce qu'ils en ont grand besoin. On se sent plus forts, plus courageux avec le soutien de nos proches, famille et amis. On traverse mieux les épreuves. On les accepte mieux. On perçoit plus de choses, car on n'est moins isolés. L'amour nous fait beaucoup de bien. C'est même vital. Je sais que c'est loin d'être un problème de société pour le moment; l'infertilité reste extrêmement méconnue. J'aimerais juste qu'elle le devienne un peu, pour aider ces milliers de couples infertiles démunis, qui galèrent, jour après jour, qui pleurent, qui se désolent, qui se séparent parfois... Tout cela parce qu'ils n'aspirent qu'à une seule chose: devenir parents. Ca peut paraitre bête, mais pour nous aujourd'hui, couples infertiles, c'est un rêve quasi-inaccessible.
.*´¨ )
¸.•´¸.•´¨) ¸.•*¨)
(¸.•´ (¸.•´ .•´ : (´¸.•*´¯`*•
Par enquetedetoi, Mardi 12 Juin 2007 à 17:39 GMT+2 dans Mon histoire (article, RSS)
Tu me tiendras au courant? Bises 




